Chronique populiste: we are the 1%

Mr Laron
Modifié le: 22 novembre 2013
  1. Paul Magnette, jeudi 12 janvier 2012

  2. La Commission d'aujourd'hui est une Commission de droite qui a une vision ultralibérale

  3. Elle (la commission) n'a pas encore aujourd'hui la légitimité démocratique pour décider à la place des Gouvernements

Populisme.
Recevoir ce qualificatif aujourd'hui est une arme on ne peut plus banale dans l'art des joutes oratoires de nos élites politiques. Elle dispose d'une grande force d'évocation, reliant celui qui en est afflubé à tout un corpus mondial de personnalités charismatiques douteuses, égocentriques geulards au idées simplistes, excessives et dangereuses, qui surfent sur les mauvais penchants de la race humaine pour des intérêts inavouables. Le point Godwin n'est pas loin. On sent tout de suite les bottes et la petite moustache.

A l'opposé du populiste se trouve l'homme politique raisonnable, assagi, nuancé, conscient de ses responsabilités et pétri des subtilités du pouvoir démocratique, conscient que "c'est beaucoup plus compliqué que cela", et soucieux de conserver à la vérité son aspect complexe opaque et subtil.

Pourtant, malgré l'usage abondant qui en est fait, le moins qu'on puisse dire c'est que le terme "populisme" n'est pas spécialement dénué d'ambiguité, qualifiant des politiques tantôt de droite ou de gauche, tantôt solidaire ou xénophobe, dont le véritable point commun serait d'être trop simple pour être vrai. Des positions d'autant plus dangereuses d'ailleurs que tout le monde pourrait penser vouloir croire que c'est une bonne idée.

Interlude historique

Dans l'histoire, le populisme n'a pas toujours porté cette connotation péjorative. Au 19eme et 20eme sciecle, on retrouve sous ce terme un mouvement littéraire, un mouvement d'intellectuels russes soucieux d'émanciper les milieux agraires contre le tsarisme, des mouvements populaires paysans en amérique latine ou aux états unis, et bien sûr les expressions contemporaines de l'extrème et néanmoins glaireuse droite nationaliste.

En 1960, le petit Robert ne considère encore qu'une seule définition: Populiste se dit de romancier et d'oeuvres qui ont pour objet le milieu populaire (ROBERT 1960)

Ainsi, le Manifeste (1929) d'André Thérive et Populisme (1931) de Léon Lemonnier, jètent les bases d'un mouvement littéraire dont l'ambition essentielle est de peindre la vie du peuple, mais avec une attention accrue à l'étude de la réalité, sans écart de style et en dehors du scientisme primaire de Zola. Les deux auteurs souhaitent réagir contre l'analyse psychologique en littérature. Lemonnier écrit « Les romanciers picaresques ont peut-être déjà fait ce que nous voudrions tenter. Un picaro, c'est un gars du peuple qui roule sa bosse de ville en ville, tâchant de se débrouiller et de trouver la combine ». http://www.fabula.org/actualites/romanciers-populistes_46614.php

Le style ne survivra pas aux deux auteurs.

Mais qui est donc ce peuple?

Le mot peuple lui même n'est pas plus précis. Il s'entend parfois en opposition à l'élite et aux décideurs politiques, parfois en tant que groupe culturel homogène synonyme de l'idée nauséeuse de nation, ou encore comme la franche pauvre, sous entendez paillarde et inculte, d'une population.

Plaisir de l'insulte

L'utilisation péjorative du mot populisme serait somme toutes assez récente, datant des années 1990.

Pour qu'il devienne une insulte à part entière, force est de constater que le mot doit également transporter à ses cotés une défiance fondamentale envers l'opinion populaire et détrousser le dit peuple de toute velléité d'intelligence collective. Son caractère insultant n'est possible que si l'on égratine le peuple au passage, incompétent au point d'accorder du crédit aux visions simplistes de l'adversaire.

Notons ainsi que l'insulte populiste est un mot obus, une arme réservée aux bien pensants, convaincus que la politique est un métier, aux forces en places de la realpolitik main-stream contre les marges extrémisantes. Il a l'énorme avantage d'éviter de se pencher sur le contenu du discours de l'adversaire, une stratégie oratoire de l'homme de paille en quelque sorte. Une démagogie, s'adressant à la crainte universelle d'un nouveau totalitarisme.

Et c'est bien ce qui se joue dans la question populiste: ce peuple est t'il une masse aveugle, simpliste au passions violentes et destructrices ou un ensemble doué de raison, capable d'agir pour le bien commun?
Le peuple est t'il intelligent?
Mais si le peuple est incompétent, comment peut on encore espérer le représenter? En décidant à sa place?

Eurofan ou populiste?

Passons sur l'extrème droite nationaliste et autres bestialités autoritaires, envers qui finalement toute insulte est bonne à prendre, Marine, Bart je vous emmerde, l'insulte populiste à de quoi questionner lorsqu'elle s'adresse à un Paul Magnette ce jour là bien levé qui n’énonce que de plates banalités comme europe néolibérale, europe peu démocratique, europe illégitime, mais qui en doutait encore vraiment nom d'un traité constitutionnel?

Mais tout homme politique, surtout si il est belge, se doit d'aimer l’Europe car l'Europe, c'est la seul issue possible... ils l'aiment... c'est leur oeuvre la plus grandiose, le chef d'oeuvre de l'élitisme, leur émanation, le gouvernement des gouvernements.
Une oeuvre à laquelle d'ailleurs le peuple a peu contribué, et c'est normal, lui qui est si prompt à se replier sur lui et à taper jadis sur l'allemand ou le juif, aujourd'hui sur l'arabe ou le grec, peuple émotif, versatile, insensible à l'impératif global et à la raison d'état et aveugle aux nécessites économiques.

Eviter le sujet?

L'Europe est un exellent exemple de sujet dont on ne débat pas, lorsqu'un traité est signé à l'hunanimité par le monde politique sans consultation (comme en belgique) ou après un référendum défavorable (France), on pourrais pourtant se poser des questions...
Mais on ne peut être contre l'Europe, il nous faut donc être pour, et tant pis pour ceux qui se demandent comment ou pourquoi, de quelle Europe on parle, de sa représentativité, de sa légimité politique et de quelles formes elle pourrait avoir.

Un mouvement en pleine croissance

Fort heureusement le populisme est en pleine croissance, et n'est pas finalement une valeur de l'extrème droite plus démagogique que populiste, incapable justement d'envisager la population dans sa globalité et ses finesses.

Car ces dernières années se consolide et se développe sans frein aussi de sains populismes d'un type nouveau: citoyens, égalitaires, multiculturels, libertaires, et qui sait bientôt internationaux! De nouveaux populismes qui bien que conservant cette saine méfiance envers les structures de la politique mainstream et de la finance, ce qui, vu le contexte ambiant semble assez naturel, refusent aussi avec férocité l'expulsion du sans papier et autres fameuses "reprise en main du bon peuple par la matraque" si chère au populisme en botte.

Alors, je lance un appel: vous aussi rejoignez les rang du néopopulisme! Partez à l'assaut de la politique bien pensante à papa dont la Belgique s'est fait une spécialité sous couvert de compromis et de grands accords baveux. Offrez vous aussi le plaisir des solutions simples, des chiffres qui pètent, des proposition indécentes.

Le moment est excellent: les preuves de collusions d'intérêts entre politique et monde des affaires n'ont jamais été aussi nombreuses, les chiffres de croissance permanente des innégalités de revenus sont avec nous, la sacro sainte expertise est remise en cause, les structures pyramidales ne sont plus les seuls modèles d'organisation possibles, d'ailleurs l'intelligence collective horizontale à fait ses premières preuves, notemment dans le logiciel libre, même l'idée que la politique soit un métier ne fait plus l'unanimité.

Quoi qu'il en soit, face à l'incapacité de nos élites à gérer avec un brin de créativité et de sens commun, le bon peuple a repris confiance. Il épluche les chiffres, les modèles, les auteurs, se questionne, gros traffic de documentaires de données, de graphiques, recherche et expérimente de nouvelles formes d'organisation et de décisions horizontales, et tente de résoudre en parallèle les questions de sens, l'économique et la démocratie dans des assemblées, des groupes de réflexion citoyens, sur les places, dans les prisons.

Alors face à la gauche caviar qui regarde vers le bas le bon peuple tête en coin et regard micompassion micoupable, plein de plans d'activation, d'insertion,... face à la droite mainstream dont le rève n'est plus porteur de rien... vous aussi regardez plutôt avec le mouvement populisme non les pieds mais la tête de la pyramide! Non plus le bas mais le haut.

Mais attentions, il convient de se protéger de tout risque d'émergence d'une figure charismatique qui nous referait sombrer dans la représentation primaire. Mieux vaux une belle horizontalité sans message unique que les faux populisme démagogiques et dégradés de la droite.
Ainsi, il nous faut prendre garde de rejeter tout drapeau, tout élément corporatistes structurant: une authentique égalité!

Revue populiste

He oui, tout ça pour en arriver là, en fait, je rèvait depuis le début de vous offrir une belle revue des plus beau populisme d'aujourd'hui!

  1. Mélanchon 12/01/2012 manifique prestation télévisée, 2h20 d'un magnifique populisme grand cru, de l'humour, du sens oratoire, du détail, du chiffre, de cinq tranches d'imposition, on passe à quatorze, au dela de 30000€ par mois on taxe à 100% voila c'est simple, et sinon qu'ils s'en aillent, c'est le titre de son programme.
    Cerise sur le gateau et preuve de son intégrité, il veux devenir président pour... supprimmer le rôle de président!
    Un maître à penser certainement.
    En plus lui assume: Je n'ai plus du tout envie de me défendre de l'accusation de populisme. C'est le dégoût des élites - méritent-elles mieux ? Qu'ils s'en aillent tous! J'en appelle à l'énergie du plus grand nombre contre la suffisance des privilégiés. Populiste, moi ? J'assume !
  2. We are the 99%:Quand même ces américains, l'esprit anglo saxon direct et concret ça fait du bien. We are the 99%... haaa... plaisir du chiffre. Terminé de se battre contre un système dont on ne voit pas ou il commence et ou il se termine, affublés de dénominations multiples et souvent obscures, tous plus ou moins collabos d'ailleurs. Mais non, ici on voit bien contre quoi on se bat, c'est cette élite super riche qui nous vole et nous exploite depuis le début. Pas de gauche et de droite mais une immense majorité qui s'ignore. Pas un système mais des gens, on pourrais ressortir cette bonne vielle guillotine finalement, ou l'avait t'on rangée...

  3. We are the 1 %, infographie du GUARDIAN: 20% + riches possède 85% richesse et 20% + pauvres 0.3%. 1% + riche capte 33% revenu net.

  4. Belgique: 100*1000€ et plus : 110.913 personne(1% de pop, 2% montant déclarations) 18.325.532.902€ (10% du revenu, 11% des revenus immobiliers, 53% des revenus capitaux et mobilier 270.658.229€) Courbe en cloche
  5. On ne compte plus les études sur la pauvreté, la précarité, le chômage, l'endettement, ceux la on les connait, mais qui étudie les riches?

  6. http://www.indignez-vous.be Très beau populisme également. On papotte, ça sent bon le do-it-yourself, le consensus et le topinambour, mais quelques minutes plus tard, un doute, oups, s'est vrai, il nous faut un message, déjà que tout le monde dit que les indignés n'ont rien à proposer, c'est qui qui devait s'en occuper finalement de ses panneaux, pas grave j'ai un stiff, et soudain ruée collective vers les piles de déchets du marché, traffic massif de bics et de marqueurs, et petit à petit émergence (naissance?) d'une splendide manifestation de petit bouts de carton stiffés et de bout de caissettes de légumes.
    La Belgique manque d'argent ? 577 députés, 343 sénateurs, 30 ministres et secrétaires d'état. Si on baissait leurs salaires de 1000€, on ferait 950 000€ d'économie chaque mois. 950 000 x 12 = 11 400 000 €. ON PEUT TROUVER DES SOLUTIONS simples, qui pénaliseraient 950 personnes seulement !

  7. Philosophe Jean-Paul Jouary: L'élection par tirage au sort: au XVIIIe siècle, Montesquieu pouvait écrire comme une évidence que “le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie”. De même que dans la Grèce antique, où fut inventée la démocratie, Aristote considérait “comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchiques qu’elles soient électives.”, aristote, réflexions rapides

En conclusion

Vous aussi vous vous demandez vous comment allons nous pouvoir faire quelque choses de ces masses de millionnaires en pleine croissance, incultes, pollueurs et dépensiers, qui n'ont plus aucun sens du bien commun et de l'équité...

Voila une vraie raison d'avoir peur...

Car il va bien falloir en faire quelque chose de ses décrochés de la société, si ils ne partent pas malgré les taux d'impositions ultimes qu'on va leur proposer, mais j'en doute moi qu'il partent, je crois que eux aussi sont fans de belles nationales, de zoning industriels, d'autoroute de baraque a fritte et de banques anonymes.

Peut-être peut on aussi leur proposer des plans d'insertions?

Ou peut être même pourrions nous leur proposer un statut d'artiste? Trouver une idée par an... simplement une... un peu créative, qui sorte d'eux même, qu'ils ont mis trois semaines à réfléchir dans un bar, avec des recherches sur internet ou dans un salon. Le coté spectacle ils connaissent déja, aucun problème, même avec les nouvelles reglementations de l'ONEM, il faut juste ajouter un truc qui participe un peu à la culture, au bien commun, à l'éducation, un truc un peu neuf,... et puis bien sur trouver quelqu'un qui veux bien payer un kopec et au minimum prèter une petite salle des fêtes paroissiale pour qu'ils puissent la raconter à quelqu'un, leur idée, à au moins deux ou trois amis qui viennent pour faire plaisir?

Bon peut-être pourrions nous aussi créer un mouvement littéraire élitiste pour décrire avec le plus de réalisme possible la vie des fortunés et des hommes politiques importants. Dailleurs on manque cruellement de donnée sociologiques à ce sujet, personne n'étudie les riches, leur addictions, leur réseaux, les difficultés du regard des autres,...

Deux exeptions françaises toutefois:

Sociologues Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot : Le président des riches - Enquète sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Éd. Zones. "Au CNRS, personne ne s'intéressait à eux. En sociologie urbaine notamment, tous les regards portaient sur les cités défavorisées, les jeunes des ghettos de banlieue. Dans les colloques, les séminaires, on parlait de « ségrégation », en mettant le ton, la tête penchée, les mines pleines de compassion. Tout cela m'agaçait au plus haut point, il me semblait qu'on avait tort de négliger le moteur de cette ségrégation. C'était en 1986. Michel et moi avions achevé nos travaux respectifs, nous avons décidé de partir ensemble pour les beaux quartiers. Et nous n'en sommes jamais sortis !"
Essayiste Thierry Pech: Le temps des riches - Anatomie d'une sécession, SEUIL "L'INSEE s'est toujours refusé en particulier à détailler la distributions des revenus dans le 1% le plus riche. Comme si la petite taille de cet ilot démographique, et comme si l'élite économique, par définition étroite, n'apellait pas un examen aussi scrupuleux que les catégories modestes. Ce trait n'est pas propre à l'institut: la sociologie française de ces dernières décénies ausculte avec une attention d'entomologiste les quartier pauvres et la vie des précaires, mais s'intéresse beaucoup moins aux milieu fortunés, à quelques exceptions près."

Face à ceux qui s'inquiètent de la montée des populisme, je leur dit, ce n'est qu'un début, une première poussée d'acnée, au contraire, vu l'état de délabrement de nos élites, on sera bientôt 99% de populistes quand tout le monde aura vu les 50 docus indispensables de la librairie populiste.
La vraie raison d'avoir peur, c'est la croissance des millionnaires, et que l'autentique populisme soit volé par la droite autoritaire... il est donc grand temps de rejoindre le mouvement avant qu'il ne soit trop tard. Ne laissons pas le populisme aux débiles de l'extrème droite!

Ressources: