chronique n°4

Mercredi 16 mai 2012. Comme nombre d'entre nous j'attends, avec impatience, notre canicule annuelle. Au moindre rayon de soleil, on espère, on lève les yeux vers le ciel, mais bientôt il faut déchanter, la sécheresse annoncée se fera attendre cette année.

On avait fait ce qu'il fallait pourtant, méthodiquement, brûler tout ce qui se brûle, couper les derniers arbres, couler du béton à la place, un beau petit béton, ou du bitume, dégeler les toundra, multiplier les vaches, les nourrir de boues de station d'épuration pour quelles pètent, bruler ce qu'elle petent même...Tout compte fait ce changement climatique est assez récalcitrant, on a pourtant fait des efforts cette année...

C'est qu'on l'attend nous les belges, le changement climatique! On en rève depuis toujours par ici, c'est juste qu'on pensait pas que c'était possible, alors on ralotait tranquilement sur des coins de bancs, au telephone ou avec le facteur, mais bon sang si l'homme a cette force, il doit saisir cette chance unique, ca va nous éviter des heures de bouchons annuels pour aller en provence, ca n'est pas rien quand même!

On n'a jamais autant brulé, déboisé, creusé, bombardé, exploité mais est ce suffisant? Irons nous assez vite?

Car la fin du monde annoncée, elle, est bien en route et si on ne se dépeche pas, on aura jamais à temps notre climat méditéranéen bordel, tous au travail! Croissance! Pouvoir d'achat! Allez au boulot bande d'assistés! Il faut chercher de l'emploi, chacun sa petite part, a défaut de produire, consommez au moins...

Faut dire, quelle clairvoyance ces mayas, quel sens de l'histoire, non?

Enfin il auraient pu nuancer quand même, de la fin du monde de qui parle t-on finalement? la fin de leur monde? du notre? la fin du mien? Ca n'est pas clair.

Bon, l'important peut-être c'est qu'un autre est possible, alors reste à terminer celui ci en beauté, avec panache, et pour nous, chroniqueurs, la tâche de rendre compte pour les générations futures, avec régularité et sérieux, de cette apothéose, de notre grand carnaval.

Mais assis dernière mon clavier cet après midi, le monde faisait 1024x768 et cette chronique fut décidément dure à écrire... Un brin de mélancholie, mais hô... je reçois un mail... ha ... ben ... encore un désistement pour ce soir... décidémment on ne sera pas nombreux ... et moi qui en suis toujours nulle part... damned ... et encore un autre ... flute j'ai raté le train, a deux doigts de renoncer moi aussi mais ils ont étés plus rapide... trop tard.

C'est que les temps sont durs pour les chroniqueurs et les poètes... et encore le poète peut travailler dans les bois, mais pour le chroniqueur, point d'évasion, point d'abandon, il faut chaque seconde observer, démeler, chercher, relater, vaste tâche.

Et quel paquet de noeuds, on a beau se goinfrer de documentaires ARTE+7, de crises, de tsunamis, d'élections françaises... c'était quoi mon sujet déja?

Soyons concrets / exercice pour chroniqueur: observons, promenade en rue, ou couché dans son canapé, regarder chaque chose autour de soi et, pour chacune, se demander tiens, ce banc, ce pavé, d'ou vient t'il, qu'avons nous du faire tous ensemble pour qu'il arrive là, qui l'a fait? comment? quelle est son histoire? Et cette cannette de coca, qui est descendu pied nu dans une gallerie récolter le minerai nécessaire à sa fabrication? Comment s'apelle t'il? Ce tissus, qui l'a teint? cette voiture, ce briquet. En chaque chose chercher et sentir la trace du travail de l'homme, commencer lentement à entrevoir la foule immense qui a travaillé pour moi.

Mais sur internet cette question, qui repasse le linge des femmes de ménage? Qui garde les enfants des nounous? Selon la sociologue américaine Arlie Hochschild, d'autres nounous, plus pauvres, moins payées encore. Et l'économie du service à domicile de s'étirer en une longue chaîne d'exploitation, allant du nord au sud, du plus aisé au plus démuni, de la cravate aux haillons.

Le renoncement peut-être, ou plutôt l'abandon? Semantiquement, "à bandon", au ban de. C'est important ça pour bien préparer la fin du monde, savoir abandonner.